Répartition des classes

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Dessin Site : Danger école …

Sujet des plus sensibles dans bien des écoles… parce qu’il a des conséquences directes sur la vie professionnelle et personnelle des un(e)s et des autres!

J’ai pu observer des équipes au bord de la rupture sur cette question!  Ça ne doit pas être exceptionnel si j’en crois le dessin de Jack !  Des collègues exigeaient l’application de la règle d’ancienneté absolue et revendiquaient de bonne foisur la base d’une règle relevant de l’usage et ne reposant pourtant sur aucun texte officiel – le droit de changer de classe à l’envie, d’autres déclaraient vouloir suivre leurs élèves telle année et pas telle autre,   pendant que certains  se retranchaient derrière l’intérêt des enfants pour refuser un changement qui les obligeait à tout re-travailler alors qu’ils venaient à peine de s’installer dans un niveau (pas faux cet argument, même si le changement peut être bénéfique au bout de quelques années!). À la clé, des collègues otages des désirs des uns ou des autres, et des mois de juin houleux!

Il est toujours possible de justifier tout et son contraire !

On oppose souvent à ce propos  l’intérêt des élèves et celui  des adultes!

Faut-il rappeler que le climat scolaire repose aussi sur le bien-être des adultes au travail: il s’agit donc de trouver un équilibre ! Ne faut-il pas chercher à concilier l’intérêt de l’élève, la cohésion de l’équipe, et le bien-être au travail ? Cocktail des plus complexes!

Souvent d’ailleurs, le problème ne se pose pas, car les établissements sont de petites tailles, les enseignants sont stables, les classes et les effectifs aussi!

Mais quand on n’a pas anticipé le problème, gare à l’équipe quand il se pose!

C’est une réalité, la règle de l’ancienneté absolue est encore très courante! Je connais des écoles qui remettent tout à plat chaque année, en donnant le choix du plus ancien dans l’école au dernier arrivé !

Nous avons essayé en 2015, à la demande de quelques collègues inquiets, de poser des règles acceptables par tous, et nous avions pensé que le meilleur moyen c’était encore de calquer notre fonctionnement interne sur celui du mouvement départemental qui est validé par les représentants du personnel. Bref, à la dictature de l’ancienneté absolue qui place l’ancienneté au même niveau que le privilège de droit divin, nous avons préféré une organisation plus démocratique, « l’ancienneté relative » . Cette ancienneté s’applique alors,  en dernier recours, sur les postes vacants  (sauf contradiction évidente avec l’intérêt des élèves).

Mais il est impossible de mettre la vie en boîte, et la question se posera peut-être : à partir de quand peut-on demander à remettre les choses à plat ?

Inutile de préciser que c’est un « règlement à minima » permettant d’éviter la dictature du plus ancien, et préservant grâce à sa lisibilité, la sérénité indispensable à la prise en compte d’un intérêt supérieur: celui de l’élève!

Piloter une école nécessite de la stratégie, et il n’est pas toujours « rentable » de passer en force sur la base de bonnes intentions déclarées . La couleur d’un établissement repose sur des valeurs éthiques et déontologiques partagées, ayant des conséquences directes sur les postures personnelles qui doivent être en corrélation … On fait rarement partager des valeurs par la force ou par une décision unilatérale! Conduire le groupe dans cette réflexion, revenir sur des représentations erronées construites parfois en formation initiale, cheminer ensemble vers un projet ne négligeant aucun des leviers en jeu dans un climat scolaire favorable aux apprentissages… tel est le pari d’une direction collaborative !

Croire en l’intelligence du groupe, mais aussi parfois s’opposer au désir d’un seul !

Construire ensemble un règlement et accepter finalement de l’appliquer parce qu’on en aura compris les fondements…

Ces sujets sont importants, la réussite de l’année scolaire suivante se joue en juin, sur ces questions…

 

Vadémécum 2015


 

Rappel du texte (référentiel métier du directeur )

« Le directeur répartit les classes après avis du conseil des maîtres. »

Les règles retenues par vote en conseil des maîtres pour la répartition des classes sont les suivantes :

1/ La répartition des classes fait l’objet d’un conseil des maîtres réunissant tous les maîtres concernés.

  • Chacun y fait état de ses envies, désirs … de mobilité ou de stabilité.
  • Les prescriptions départementales sont prises en compte;
  • L’intérêt des élèves reste central dans la réflexion préalable: les classes sont constituées en amont sur cette unique base et leur distribution en tient compte: cette dimension ne peut faire l’objet d’une règle pré-établie car elle est étroitement dépendante des circonstances annuelles.

2/ Une fois ces principes établis, et si la négociation entre pairs ne permet pas d’arriver à un consensus, alors la règle de l’ancienneté relative calquée sur le fonctionnement du mouvement départemental permet de débloquer la situation.

Règle de l’ancienneté relative :

3/ Seuls les postes déclarés vacants (départs, ouvertures, …) sont ouverts à la mobilité : sur ces postes découverts, la règle de la priorité absolue peut s‘appliquer (du plus au moins ancien, sauf en cas de conflit avec l’intérêt des élèves)

4/ En cas de modification importante de sa classe, un titulaire peut demander de faire jouer la règle de l’ancienneté absolue (remise à plat des postes avec application de la règle d’ancienneté absolue).

Ex : j’avais un CP, il n’existe plus !

Ce type de fonctionnement met en avant la négociation dans le groupe, la réflexion / intérêts des élèves…

Si malgré tout, un consensus ne se dégageait pas, le (la) directeur(trice) peut faire appel à un médiateur extérieur (IEN par exemple).

D’autres règles sont envisageables, mais dépendent de considérations très locales et souvent instables:

  • répartition alternée des cours simples et multiples, mais  ça repose sur l’idée qu’un cours double est plus difficile qu’un cours simple, et c’est pas toujours vrai, loin de là! Tout dépend en effet des principes qui ont soutenu la constitution des classes et il arrive que l’on décide de ne proposer que des cours doubles (c’est notre cas cette année en C3)….
  • On peut aussi proposer un changement tous les 5 ans, mais cette idée est virtuelle, et en REP où je travaille, les projets ont besoin de temps pour se développer et s’installer! ça peut donc être contraire à l’interêt des élèves !
  • etc..

Bref, la solution ?

Un principe de base (l’intérêt de l’élève) ,  une règle minimale recours (l’ancienneté relative qui est une révolution dans bien des écoles encore attachées à l’ancienneté absolue) et l’art de poser les bonnes questions en conseil des maîtres.

Sachez-le, ce type de règle de fonctionnement est à définir bien en amont des répartitions , pour éviter le dilemme affectif à chacun d’entre nous: comment, en effet, voter pour une règle, même quand elle est jugée équitable,  si l’on sait qu’elle va s’opposer aux désirs  d’un  collègue avec qui on entretient des relations privilégiées? 

Dans un groupe d’adultes, les choix collectifs doivent se faire sur des principes, non sur des affects à géométrie variable.

Vous trouverez dans notre Vadémécum, le fonctionnement institutionnalisé de notre école: VADÉMÉCUM

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ailleurs sur le WEB

Site IEN

Site référentiel métier Directeur

Charivari, sur le même sujet…

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11 réflexions au sujet de « Répartition des classes »

  1. directeur90 Auteur de l’article

    Cet article a fait l’objet de commentaires très contrastés sur Twitter.
    Unanimité contre la règle de l’ancienneté absolue alors qu’elle est encore très pratiquée dans les écoles, réserves sur l’ancienneté relative proposée ici en recours…
    La seule règle valable serait l’intérêt de l’élève, à géométrie variable donc puisque les conditions changent chaque année. Sans compter que là-dessus, dans une équipe, les avis peuvent diverger!
    L’alternance « cours simples-cours doubles » est plébiscitée , comme s’il était acquis que le cours double est plus compliqué à gérer que le cours simple … Pas si sûr, tout dépend en effet des principes retenus pour constituer les classes ! Et dans notre grande école, nous avons fait le choix des cours doubles en C3, dans l’intérêt des élèves et des … enseignants!
    Mais qui peut réellement ne mettre en avant que l’intérêt de l’élève, comme si l’adulte n’était pas un des leviers dont dépend le climat scolaire.
    Rien n’est jamais aussi simple! Perso, j’ai toujours pensé que l’enfant n’était pas seul au centre du système! Nous sommes dans des métiers de relation, et l’enseignant partage ce centre avec ses élèves.
    Concernant le rôle du Directeur, il est clairement défini dans le référentiel métier , mais chacun le sait bien: un directeur ne construit pas une équipe sans ses collègues! C’est ensemble qu’il faut bâtir un paradigme pour une école, où alors son projet sera à l’image de certains projets d’école, une coquille vide !

    Aimé par 1 personne

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  2. Lombard

    Je suis en accord avec les principes de pilotage d’une équipe qui servent ici de base à la construction d’une solution pour un sujet en effet épineux et source de bien de tensions.
    Par contre, si le conflit persiste, je crois en l’application des textes comme référence.
    Comme vous le rappelez, le décret de 89 (Loi) stipule que c’est le directeur qui, après avis du CM, répartit les élèves…
    Donc, c’est à lui d’arbitrer et d’assumer le rôle de « pilote » que lui confère les textes. Faire appel à l’IEN(qui n’a pas d’autorité en la matière sauf, en cas de litige, vérifier la conformité des décisions avec les règles en vigueur) revient à l’adjoint qui a le « sentiment » de se faire flouer.

    vous dites à juste titre:
    « un directeur ne construit pas une équipe sans ses collègues! »
    Un directeur ne construira pas une équipe s’il n’assume pas ses responsabilités de pilote.

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    1. directeur90 Auteur de l’article

      Bonjour, et merci pour ce commentaire…
      Je comprends votre propos et vos réserves: piloter, c’est affronter les problèmes et prendre ses responsabilités! Je pense même qu’une équipe ne peut pas se construire sans affronter ses divergences (valeurs) et elles sont nombreuses dans la profession: c’est le rôle du directeur d’amener le groupe sur ces grands sujets, et c’est bien plus à risques qu’une répartition! Mais, piloter c’est aussi amener chacun à prendre sa part des responsabilités collectives et à s’engager dans un projet partagé! C’est là que le stratégie de pilotage entre en jeu !
      Je pense néanmoins qu’il faut que la profession (instit et IEN compris) change de représentation sur le rôle des IEN (la « hiérarchie »). Je milite depuis des années pour qu’une part d’horizontalité responsabilisante s’installe dans nos écoles avec à la clé plus d’autonomie, pour que l’équipe de circo accompagne les équipes dans leurs analyses, définitions de besoins, élaborations d’hypothèses, … Bref, je parle ici d’un accompagnement positif !
      Notre IEN joue le jeu, vient parfois réfléchir avec nous lors de nos conseils des maîtres!
      Dans le cadre que nous évoquons, l’IEN est un partenaire (médiateur) qui vient aider à analyser, faire des choix… Je ne vois pas pourquoi on se priverait d’un regard distancé.
      Je rappelle cependant que le recours à l’IEN est un droit pour chaque enseignant, qui peut le faire d’ailleurs « à l’insu » du directeur (J’ai connu un cas ) ! Constat d’échec ? Relations devenues toxiques? Je ne sais !
      Le Directeur a peu de pouvoirs, et dans certains cas, c’est tant mieux! Il en a 2 essentiels: la répartition des classes et l’organisation de la sécurité (surveillance y compris) … mais l’Autorité ne repose pas sur ces 2 pouvoirs: elle se joue aujourd’hui comme pour toutes les professions sur la compétence reconnue par les Autres, dans tous les domaines investis (péda, gestion, pilotage, projet, communication, capacité à décider face à un dilemme …)
      Perso, je fais le pari de l’Autorité contre l’Autoritarisme (mais je sais que vous ne parlez pas de ça) … et parfois, il faut savoir trancher (s’opposer à l’inacceptable) , mais jamais à la légère et jamais sans donner l’occasion de trouver des solutions partagées.
      Au plaisir de vous lire …

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  3. Lombard

    Merci de vos précisons, dans lesquelles, d’ailleurs, je me retrouve. Comme vous le soulignez, pour que cette horizontalité, ce pilotage par la confiance, par la proximité (contenue dans les textes au moins depuis la loi d’orientation Jospin), rayonne jusque dans nos écoles, il faut « tomber » sur des « professionnels » qui veulent bien jouer le jeu.
    Un « jeu » qui est pourtant profitable à tous, et en premier lieu aux élèves. Mon expérience (longue…), qui n’en fait ni une vérité ni une généralité, montre que c’est autour d’un directeur capable de « l’Autorité sans autoritarisme », que se construisent (péniblement) les règles de ce jeu.
    Je milite pour que l’on puisse passer du « personnel » au « professionnel », pour que l’Institution définisse des règles (c’est le cas avec le référentiel-métier par exemple) ET qu’elle les fasse diffuser jusque dans les écoles.

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  4. lespetitsthales

    Bonjour,
    Je souhaiterais avoir votre avis concernant la répartition des classes. Dans notre école, il y a des enseignants titulaires et non titulaires. La directrice de notre école prévoit la semaine prochaine une réunion pour affecter les classe avant même les résultats du mouvement. Dans ce cas, les enseignants titulaires ont-ils la priorité sur les non-titulaires (certains font des priorités REP+, d’autres demandent l’école) dans le choix des classes ?

    J’ai besoin de vos lumières et si possible avec source institutionnelle ?

    Un collègue.

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  5. directeur90 Auteur de l’article

    La circulaire de 2014 référentiel métier précise les choses > Après avis du conseil des maîtres, le directeur répartit les élèves en classes et groupes et arrête le service de tous les enseignants nommés à l’école. Dans le cadre du projet d’école, il organise les éventuels échanges de service ainsi que le service des enseignants relevant du dispositif Plus de maîtres que de classes.
    Mais personne n’a intérêt à une application autoritaire des textes sans recherche collective de solutions prenant en compte l’intérêt des élèves. Dans notre école, ces questions sont abordées bien avant la répartition des classes, pour éviter tant que faire se peut, les conflits d’intérêts, les copinages, les pressions affectives … Chaque école est donc libre de se doter des règles qui luis conviennent (sous réserve de respect de l’intérêt de l’élève), mais dans le respect des textes réglementaires

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  6. Natchi

    Bonjour,
    Je me pose une question: un directeur peut il obliger une institutrice (titulaire) à changer de classe sans son accord, alors que les postes ne sont pas vacants?
    Un parent d’élève

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    1. directeur90 Auteur de l’article

      Bonjour
      Le texte : « Le directeur répartit les classes après avis du conseil des maîtres »
      La répartition des classes est donc de sa responsabilité, mais ça ne peut se faire sans justification, car l’intérêt des élèves reste toujours premier.

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    1. directeur90 Auteur de l’article

      Bonjour,
      Le directeur, après avis du conseil d’école, répartit les classes. Il peut donc, à ce titre, s’attribuer une classe! Mais ce n’est pas la meilleure des façons de chercher à créer un groupe collaboratif !

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